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«Cendrillon», un cas rosse
Le thème de Cendrillon, la petite souillonne qui épouse un prince, est ancestral. Il existe même un récit datant de l’époque pharaonique cité par le géographe Strabon, avec l’anecdote de la pantoufle perdue. D’autres fables circulent en Asie, en Amérique et en Europe où, une fois encore, le fabuliste Giambattista Basile proposa un texte qui inspira Perrault et les frères Grimm.
Mais comme pour la Belle au bois dormant, son récit est moins sucré que les versions ultérieures. Dans sa Gatta cennerentola (la Chatte cendreuse), la jeune Zezolla est loin d’être la douce jeune fille qui roucoule avec les oiseaux. En effet, confrontée à une belle-mère désagréable qui lui impose des tâches dégradantes, elle décide avec l’aide de sa gouvernante de s’en débarrasser… en lui brisant la nuque avec le couvercle d’une lourde malle.
Malheureusement pour notre héroïne sans scrupule, sa complice, qui bientôt épousera son père, est encore plus odieuse que sa première marâtre, d’autant qu’elle fait venir dans le foyer ses six horribles filles. La suite sera grosso modo identique à l’histoire qui nous est parvenue (Perrault y ayant rajouté une dimension magique et féerique).
A noter toutefois quelques détails que même Basile n’a pas osé garder : dans des versions anciennes la belle-mère coupe les talons et les orteils de ses filles pour les faire entrer dans le minuscule soulier ; ailleurs elles sont condamnées à danser dans des sabots de fer chauffés à blanc. On imagine sans peine le spectacle de ces pieds ensanglantés et cloqués martyrisés dans des chaussures transparentes de verre…
Enfin, si Perrault magnanime propose à tout le monde une happy end, Grimm enfonce le clou avec cette conclusion : «Le jour où l’on devait célébrer son mariage avec le fils du roi, ses deux perfides sœurs s’y rendirent avec l’intention de s’insinuer dans ses bonnes grâces et d’avoir part à son bonheur.
Tandis que les fiancés se rendaient à l’église, l’aînée marchait à leur droite et la cadette à leur gauche : alors les pigeons crevèrent un œil à chacune d’elles. Puis, quand ils s’en revinrent de l’église, l’aînée marchait à leur gauche et la cadette à leur droite : alors les pigeons crevèrent l’autre œil à chacune d’elles. Et c’est ainsi qu’en punition de leur méchanceté et de leur perfidie, elles furent aveugles pour le restant de leurs jours.»
Bonne journée et bon jeu ;)
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